The Cure, AccorHotels Arena, 15 novembre 2016

Le 1er des 3 concerts français était très attendu par les fans. Mais The Cure a livré une prestation un peu décevante, bien loin de ce qu’on pouvait attendre d’un groupe qui nous avait habitué à (bien) mieux.

Le Bercy Café était un passage (presque) obligé avant ce concert parisien de The Cure. Beaucoup de fans s’y étaient donnés rendez-vous pour descendre quelques bières en attendant l’ouverture des portes de L’AccorHotels Arena. Et les discussions allaient bon train. Les pronostics aussi : quel titre serait joué en ouverture ? À quoi ressembleront les rappels ? Aurions-nous droit à quelques pépites encore jamais jouées sur ce European Tour ? Les échanges condensaient en fait tous les espoirs fondés dans ce 1er concert.

 

Comme toujours, Bill n'est pas venu les mains vides...

Comme toujours, Bill n’est pas venu les mains vides…

 

Il est vrai qu’entre The Cure et Paris, et surtout le public parisien, c’est une belle histoire d’amour : Zénith 92, Bercy 96, Zénith 2000 (2 soirs), Black Session de 2004, Bercy 2008… Les shows de la capitale ont toujours eu un petit truc en plus. Un petit truc qui faisait qu’on savait, en allant voir The Cure à Paris, et ce quelle que soit la salle, qu’on allait assister à un moment unique.

 

Après Toulouse en 1996, c'était seulement la 2e fois que j'étais invité à un concert de The Cure.

Après Toulouse en 1996, c’était seulement la 2e fois que j’étais invité à un concert de The Cure.

 

L’espoir était donc grand en ce mardi 15 novembre 2016. On s’attendait au meilleur, même si les setlists des concerts précédents de ce European Tour 2016 ont un peu déçu, à l’exception d’Amsterdam. Mais Mauro, croisé pendant la soirée (et qui a déjà 30 dates au compteur sur cette tournée 2016…), nous avait prévenus : « Oui, on est à Paris mais il n’y aura rien d’exceptionnel. Ce sera un concert comme les autres. »

Et à 23 h 30, à l’heure où Robert Smith & Co quittent la scène et où les lumières se rallument, il faut bien reconnaître qu’il avait raison… Et c’est un immense sentiment de frustration…

Frustration car cette formation est terriblement efficace : ça joue bien (mention spéciale à Reeves Gabrels alors que je n’étais pas convaincu de son arrivée dans le groupe), ça rigole sur scène (Simon Gallup, pas spécialement connu pour être enjoué, lance un grand sourire au public au début du concert), ça s’échange des regards complices. Ces 5 là ont de l’or dans les mains et des étoiles dans les yeux. Et pourtant, j’ai ce sentiment que ce don qu’a The Cure de faire, dans un même concert, danser et pleurer les foules a été sous-exploité.

Que dire de cette setlist, d’une platitude exemplaire, servie aux 20 000 personnes présentes ? C’était pourtant bien parti malgré un Open bien exécuté mais pas vraiment adapté à la situation : All I Want, Push, InBetween Days… Pas de titres inédits mais une chronologie de chansons différente qui laissait entrevoir que le groupe allait nous raconter une autre histoire. Surtout, on se plaisait à imaginer quelques pop songs placées en main set afin de libérer de la place pour les rappels, et notamment le 3e d’ordinaire dévolu à exhiber tous les hit singles (Close To Me, Why Can’t I Be You, etc.).

 


Tape, Open et All I Want : le trio de chansons
pour débuter le concert de The Cure à Paris

 

Mais le concert avançant, on a vite compris que The Cure était (re)passé en pilotage automatique avec une setlist qui n’allait pas sortir des sentiers battus. Alors oui, ces titres sont plaisants parce que, comme dit plus haut, le groupe les interprète à la (quasi) perfection. 2 exceptions majeures pour moi cependant : The Hungry Ghost et Trust, autant massacrées l’une que l’autre. La première souffre d’une ligne de chant très bancale (je reparlerai plus bas du parti pris de Robert Smith quant au chant) qui la rend pour moi insupportable. La seconde est un parfait exemple de ce qu’on peut faire de pire : prendre une chanson simple et d’une grande efficacité et la transformer en chanson romantico-boursouflée. Pourquoi ne pas s’en tenir à la partition au piano originale ? On comprend que Roger O’Donnell se sente pousser des ailes et veuille faire la démonstration de sa dextérité (bien réelle) aux claviers. Mais de là à dénaturer autant une chanson… Et pourquoi ces coups de cymbales en intro alors que le morceau original en est privé à juste titre ? La beauté de Trust tient pour beaucoup à ce dialogue guitare/piano en introduction. À vouloir trop en faire, on enlaidit les choses…

Et donc, c’est sans surprise que The Cure a déroulé ses 3 rappels avec un ultime retour sous le signe des singles : The Lovecats, Hot Hot Hot, Friday I’m in Love, Boys Don’t Cry, Close to Me, Why Can’t I Be You?

 


J’avais trop chaud au centre de la fosse donc je me suis reculé et
j’ai filmé The Lovecats (oui je sais, je suis loin de la scène…)

 

Cette tournée européenne souffre de la comparaison avec l’américaine. Ce fut hier soir un des sujets de discussion qui revenait le plus souvent. Où sont passés les Twilight Garden, The Exploding Boy, etc. ? Lors de la tournée US, The Cure a joué 81 titres différents. Pour l’instant, en Europe, le groupe en est à 67. Alors certes, il reste 10 concerts. Mais quand même…

Un autre problème, pour moi, est la liberté que prend Robert Smith avec les lignes de chant de certains titres. Bien sûr, il a eu quelques soucis ces derniers temps avec sa voix, du fait d’un petit coup de froid. Mais à Paris, il m’a semblé que sa voix était revenue au niveau qu’on lui connaît. Et pourtant, on sent bien que Smith roule avec le frein à main. Il est quand même très frustrant de l’entendre chanter des passages avec une grande puissance avant de baisser le ton immédiatement après. Certaines chansons sont tout de même épargnées : Burn, A Forest, All I Want, etc. Ce qui me fait penser que ce n’est pas un problème physique mais bien un parti pris : celui de modifier les lignes de chant. Alors pourquoi pas ? Après tout, si un changement peut améliorer et donner une autre dimension à une chanson, pourquoi s’en priver ? Le seul problème, c’est que la direction prise par Smith me semble dépourvue de toute originalité. Je ne peux pas croire que les fans ne se rendent pas compte de ces différences apportées et, surtout, de leur inefficacité.

En retournant au Bercy Café après le concert, j’ai brièvement discuté avec une personne, qui n’était pas une fan hardcore, et qui me disait avoir beaucoup aimé. Ce que je comprends. Et je pense également qu’on peut tout à fait être un fan et avoir aimé ce show. Encore une fois, les titres sont majoritairement bien interprétés et le public était au rendez-vous. Certains ont indiqué sur les réseaux sociaux que c’était la meilleure ambiance sur un concert de The Cure depuis la début de la tournée européenne. N’ayant pas de point de comparaison (c’était ma première date), je ne peux donc pas donner mon avis. Mais il est vrai que le public semblait heureux d’être là. Pour dire : ça dansait même en tribune VIP… 🙂

Et maintenant ? Me concernant, il me reste 2 dates à faire : Bilbao et Barcelone. Et je formule le souhait d’assister à des shows où la surprise s’invite. Ce qui, à mon sens, a cruellement manqué à ce concert parisien. Mais je garde foi en ce groupe qui vaut tellement mieux que ce qu’il nous a donné à entendre ce 15 novembre 2016 !

The Cure, AccorHotels Arena, mardi 15 novembre 2016 :

Tape / Open
All I Want
Push
In Between Days
Primary
Pictures of You
High
Lovesong
Before Three
A Night Like This
The Walk
Just Like Heaven
Trust
From the Edge of the Deep Green Sea
The Hungry Ghost
One Hundred Years
End

It Can Never Be the Same
Burn
Play for Today
A Forest

Lullaby
Fascination Street
Never Enough
Wrong Number

The Lovecats
Hot Hot Hot
Friday I’m in Love
Boys Don’t Cry
Close to Me
Why Can’t I Be You?

Le Facebook Live de Pink Dream :

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