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Portishead – Third

« Thread » dernier titre de Third s’achève par le retentissement d’une corne de brume par huit fois. Le navire Portishead rentre au port après 10 ans d’errances en pleine mer. Dix années durant lesquelles le navire (qui tient plus du cargo que du paquebot de croisière) a fréquenté les océans froids de cette planète recouverte de 70% d’eau. Avant cette errance, le navire a charrié le temps de deux albums la noirceur d’un charbon extrait des sous-sols de l’Angleterre des années 90. Les deux livraisons exhalaient la noirceur de l’âme humaine avec autant de précision qu’un chat lavant à coup de pattes ses oreilles duveteuses.

Et voilà que Portishead décide de remettre son grand corps fatigué à l’ouvrage. Pour nous livrer un recueil de plaintes brumeuses, les dix années n’ayant pas altérées les doutes et questionnements.
Que reste-il de l’étiquette trip-hop vite collée sur cette musique trop cérébrale pour être populaire ? Une trame similaire, une devise « glad to be sad » toujours d’actualité, un chant toujours aussi fragile et habité. Mais la marque de fabrique du groupe, les samples et scratch ont disparus, les armes employées pour porter les estocades existentielles n’ayant plus rien à voir avec celles des débuts.
Third est moins monolithique que ses deux petits frères. Les atmosphères sont toujours aussi sombres et brutales sur « We Carry On » et un « Machine Gun » aux sonorités dantesques. Mais ces îlots de violence sont encadrés de petits écarts qui viennent fissurer la muraille. « Deep Water », judicieusement placé dans l’édifice, insère insidieusement une large rivière de Louisiane aux eaux boueuses au milieu de flots froids, vifs et turbulents. « Small » et sa fausse langueur subjugue. « Thread », avant de sonner le glas déroule une mélodie subtile et accrocheuse d’une simplicité déroutante.

L’entité Portishead ressemble finalement plus à un amas de blocs de solitudes qu’à un groupe uni. En se frottant les uns aux autres, ces blocs ont produit un flot d’étincelles, flot canalisé dans Third, magistrale démonstration du talent de ses géniteurs.

Espérons qu’il ne faille pas attendre une autre décennie pour que ces monolithes ne s’entrechoquent à nouveau.

> chronique écrite par Shiboome sur Xsilence.net

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