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Interviews du fanzine T.I.B / Interview #5 / ANNIVERSAIRE (1996)

En 1996, TIB fêtait ses dix ans d’existence…

Quoi de mieux que de revenir avec Robert sur ces dix années où TIB a observé The Cure et obtenir enfin, sa version,après avoir offert à nos lecteurs, la notre….
Et vous découvrirez, entre autre, au détour d’un propos, comment Kiss Me a établi la popularité de The Cure, comment s’est passé l’enregistrement de Wish, pourquoi Roger est revenu ou quel est le meilleur album de The Cure pour Robert… Année par année….

1986 : Standing on a beach

Cette époque me rappelle la France et toute cette période d’enregistrement de Kiss Me à Miraval. Ce n’était pas seulement le début de Standing On The Beach, c’était la France. C’est comme si on était tout le temps à Paris au Hilton et on regardait la coupe du Monde de foot. C’était bien mais j’ai trouvé qu’on a atteint un point où les choses ont commencé à devenir étranges. Vous rappelez-vous de la station de radio que les gens ont escaladée (Europe 1 ou NRJ). J’ai trouvé tout ça bizarre. C’était drôle de faire partie de quelque chose qui n’avait rien à voir avec nous, cette folie médiatique m’a donné un aperçu de ce phénomène qui a décollé et qui s’est installé. Nous avions fait des choses d’une façon un peu naïve comme Champs Elysées ou des trucs comme ça en pensant que l’on serait différent une fois sur le plateau mais la première fois qu’on l’a fait, c’était vraiment très bizarre. C’était vraiment marrant, je trouvais que faire des shows comme ça était même surréaliste. Mais je pense que probablement vers 1987, j’ai réalisé en fait que nous étions devenus ce que l’on méprisait ; mais ça s’est arrêté naturellement après la tournée de Kiss Me, ça s’est estompé et après Disintegration, ce n’était plus pareil. Ce n’était plus la même hystérie. Les gens avaient mûri.
Ça me rappelle ce qui s’est passé aux Etats-Unis aux alentours de 1984 avec « Let’s Go To Bed » et « The Walk », sur la côte Ouest où les gens criaient tout le temps sans aucune raison. Je garde de très tendres souvenirs de 86, c’était bien. Je sentais que The Cure commençait à devenir un vrai groupe après avoir fait The Head On The Door et je suppose aussi le fait d’avoir renégocié le contrat avec Polydor et que j’ai plus de contrôle sur les choses…. j’étais donc heureux.

1987/1988 : Kiss Me Kiss Me Kiss Me

L’album Kiss Me fut vraiment l’occasion pour le groupe d’être ensemble quelque part pour la première fois. Nous n’avions jamais enregistré dans un studio résidentiel et Kiss Me fut vraiment la première fois où le groupe vivait et faisait un disque ensemble et c’est ce qui a fait la différence. Pour The Head On The Door c’était une question de personnes. Quand Boris et Porl ont intégré le groupe et que Simon est revenu, il aurait été impossible voire extraordinaire pour eux de s’imposer sur ce disque. Ils ne faisaient partie du groupe que depuis un mois avant l’enregistrement donc c’était vraiment impossible. Tandis qu’avec Kiss Me, c’était presque deux ans plus tard et Boris avait apporté beaucoup de sa personnalité à la batterie, il était plus qu’un simple batteur, Simon se sentait à l’aise à nouveau, Porl avait pris confiance et Lol était devenu une figure pitoyable alors qu’à l’époque de The Head On The Door, il était quelqu’un d’important dans son esprit et même dans ceux des autres ; Porl et Boris le respectaient parce qu’il était un ancien membre de The Cure mais je crois que tout ça a changé à l’époque de Kiss Me.
…Je crois que c’est l’album qui a été reconnu dans le monde entier, plus que The Head On The Door. The Head a marché en Europe et Kiss Me a en quelque sorte consolidé l’Amérique, l’Australie et le Japon…
Je trouve très difficile de tout réduire à l’album Kiss Me. Si on prend Kiss Me, Disintegration et Wild Mood Swings, on a tout. Mais je pense que Disintegration est beaucoup plus riche que Kiss Me, il y a beaucoup plus d’atmosphère et de profondeur qu’on ne trouve pas vraiment sur Kiss Me.
…Je crois qu’avec Kiss Me, on a inauguré un modèle de travail, une sorte de méthodologie pour The Cure qui a continué par la suite et qui est encore utilisée pour Wild Mood Swings. C’était le commencement de notre façon de travailler, de ma vision de ce que nous faisons et de la façon de faire participer le groupe mais musicalement, Kiss Me n’est pas aussi bon que tout le monde le croit.
C’est plutôt une sorte de nostalgie…

1989 : Disintegration, un album sombre…

…Le côté sombre de l’album vient du fait que j’allais avoir trente ans car j’ai beaucoup écrit de textes à cette époque. 25 et 30 ans sont deux ages que je pensais ne jamais atteindre surtout 25. Je pensais que quand j’allais avoir 30 ans, j’arrêterai et maintenant j’en ai presque 40 et je suis toujours là (soupirs). Je ne sais pas, ce n’est pas si sombre que tu le crois. Disintegration pour moi, c’est… « Lovesong » est une des plus belles chansons que j’ai écrites….
…Quand on atteint 30 ans!!!!… Je suppose ça dépend comment tu te sens quand tu as 30 ans, ça a un impact. En tout cas, c’est ce que ça m’a fait. J’étais complètement disjoncté à mon anniversaire pour mes 30 ans, ça a été la pire nuit de ma vie. C’est étrange, 1988 a été une année très très bizarre. Pour tout le monde, 1989 a été l’année de Disintegration mais pour moi c’est 1988, c’est là que tout a été écrit et toutes les démos enregistrées. Et j’avais d’énormes hauts et bas…
…Il y a une ambiance. Pour moi, « Prayers For Rain » et « Disintegration » sont des chansons très coléreuses. Elles expriment toutes les deux des choses concernant une même personne, j’étais dérangé par quelqu’un à la base et j’étais complètement sorti de mon système. Je me rappelle avoir écrit « Lullaby » chez Boris, assis dehors, un soir d’été. Je me rappelle beaucoup de ça. Pour « Plainsong » qui donnait le ton pour l’album, je voulais quelque chose de luxueux, très orchestral, au centre de tout mais Disintegration fut un album très difficile à faire surtout à la fin. On a eu vraiment du bon temps en faisant les démos. On les a toutes faites chez Boris pendant l’été 1988, je m’étais marié et j’étais de bonne humeur et dès qu’on a commencé à enregistrer, je suis devenu malheureux…
Le meilleur album ?…Je crois que c’est le meilleur, il sera toujours dans les trois meilleurs albums et parfois je pense que c’est probablement le meilleur…
…Si je n’avais qu’un seul album de The Cure à faire écouter, je garderais probablement Disintegration et non Wild Mood Swings car il est plus personnel mais pas forcément meilleur. Il y a beaucoup de choses dedans qui me font penser ça. A l’époque je pensais que c’était le dernier album que nous ferions et que c’était la dernière tournée que je ferais ; je le pensais réellement quand je le disais car je ne voyais pas comment on pourrait faire mieux que ça…

…Mes souvenirs du Prayer Tour ? ..
De grands stades américains, du grandiloquent,comme le light show, une sorte de grandeur.
C’était trop en quelque sorte. Ça ne me ressemble pas mais c’était aussi à cause des drogues. J’ai vécu deux vies vraiment différentes pendant le Prayer Tour. J’étais très désagréable. Musicalement, certains soirs étaient vraiment excellents et beaucoup de trucs qu’on a enregistrés mais qu’on n’a pas utilisés sont vraiment bien, on ne pouvait faire qu’un seul album live. Plusieurs pirates que j’ai de cette tournée sont vraiment émotionnels. Mais ce fut une tournée difficile. Il y avait beaucoup de merdes en backstage, ça a un effet sur ta vie intime. Tu es comme dans un petit monde qui voyage partout et tu peux avoir un énorme impact sur les personnes qui t’entourent, si quelqu’un décide d’agir d’une certaine façon, les autres sont emmerdés…

1990 : Mixed Up

Je pense que Mixed Up était très bon à l’époque et je le pense toujours. Je l’ai toujours aimé. J’ai été très choqué par les réactions négatives des fans à l’époque. Je ne pouvais pas croire à quel point les gens étaient atroces. J’ai été étonné de voir que les gens trouvaient les vieilles chansons si sacrées. Ça m’a vraiment paru bizarre…
…C’est LE seul album de The Cure que je passe à la maison sans arrière pensée. Si je joue au billard ou que j’ai des invités et que j’ai envie d’écouter quelque chose qui sonne comme The Cure, c’est ce disque que je mettrais. Je n’ai jamais passé un disque de The Cure chez moi, ce serait trop embarrassant mais là, c’est comme de la musique de fête…
…Je pense que beaucoup des bons souvenirs de tout ça viennent du fait que j’ai du réenregistrer « A Forest » avec Simon, la bande originale de Seventeen Seconds ayant été détruite à cause de Bill (Chris Parry-NDT) ; cet idiot l’avait mise à côté d’une machine à laver et le moteur a effacé les bandes magnétiques ; quand nous avons ressorti les vieilles bandes de Seventeen Seconds, il n’y avait plus rien dessus. Il a fallu réenregistrer donc on a samplé la batterie de Lol à partir de « Other Voices » je crois ou « Play For Today », oui le début de « Play For Today » et on a reconstruit sa partie de batterie ; Simon a ressorti sa vieille basse et moi ma guitare et mes amplis d’origine et on a rejoué note pour note. C’était vraiment amusant, une soirée amusante mais j’ai changé le solo à la fin. C’était très audacieux car je ne pouvais pas me rappeler comment était l’original et personne n’avait de copie dans la maison…
…De cette époque, je me rappelle aussi être allé avec Mary dans un studio au bord de la Tamise. Il y avait un joli cours d’eau et c’est là qu’on a écouté tous les différents remixes et qu’on les a mis en ordre. Nous avons passé une jolie journée au bord de la rivière à faire ça. C’est probablement pourquoi j’ai une affection pour cet album, des petites choses qui font la différence…

1991 : Brit Awards

…Pour nous ça a fait encore moins de différence que n’importe quel groupe qui l’a gagné. Parce que personne n’a jamais su que nous l’avons gagné. Il ne s’est rien passé le lendemain, ce qui est probablement typique de ce dont je parlais. Polydor n’a pas su comment en tirer parti et a dit « C’est le meilleur british band, ça ne correspond pas à l’image de The Cure alors on va rien dire, on décidera plus tard. Faisons semblant de rien ». C’est surréaliste….
…Rétrospectivement je suis content que ça n’ait pas fait de différence, mais sur le moment j’étais vraiment frustré. J’aurais bien aimé avoir quatre pages de pub dans la presse musicale comme n’importe quel autre vainqueur. Mais on n’a rien eu. Aucune félicitation, rien. Quelle farce…
…Je crois que c’est parce que l’année précédente on avait fait un tel tapage en gagnant l’award de la meilleure vidéo. J’avais dit que c’était une parodie car je pensais que nous étions le meilleur groupe l’année d’avant aussi. C’est quand Jonathan King s’en est mêlé pour en faire le Great British Music Award et mettre en avant la grandeur de l’Angleterre. Alors comme on existait depuis très longtemps, nous étions le candidat évident. Nous qui pouvons vendre beaucoup de disques en Amérique. Ça ne veut vraiment rien dire. Quelle bande d’idiots ! Et le vote est truqué. Ils négocient leurs votes entre maisons de disques : « Si tu votes pour mon artiste dans cette catégorie, je voterai pour le tien dans celle-ci ». Alors on soupçonnait qu’on allait le gagner avant la soirée. Et j’avais préparé mon speech. On a joué « Never Enough » live cette nuit-là, et je l’ai trouvée vraiment bonne ; l’un des meilleurs moments de The Cure en fait. On était très enthousiastes, et il n’y avait que des branleurs backstage….

1992 : Wish, un album de guitares…

…Il était simplement plus orienté guitare. Porl avait son coin à lui au manoir, où il ne jouait que de la guitare et j’aimais ça. Mais Janet était là tout le temps, et si on avait voulu des claviers, elle était prête à jouer je pense. Je ne lui ai jamais demandé. Mais aucune des chansons ne demandait vraiment un bon joueur de clavier sauf « Trust » et Perry l’a jouée. Ça n’allait tout simplement pas pour ces chansons je suppose. Wish fut un album étrange parce que les démos furent très faciles et l’album lui-même fut très difficile à faire…
…Nous avons quand même quelques souvenirs mémorables avec les fusées que nous lancions. Perry nous en ramenait de plus en plus grosses de Oxford et on les lançait à sept cents mètres dans les airs, c’était excellent. C’est très dangereux de fabriquer sa propre fusée. Nous en avons fabriqué avec trois fois rien, car on peut acheter ce qui s’appellent des moteurs à explosion, qui ressemblent à des feux d’artifice en fait. Comme de la poudre à fusil comprimé. Tu en verses sur une tasse et un bâton, deux tasses par dessus que tu colles et tu as une fusée. Et c’est très puissant. Dave Allen a fait la chose la plus bête : il a enfoncé une flèche dans une canette de coca, mit le truc dans la canette, et envoyé tout ça en l’air. Quand c’est retombé, on a découvert une semaine plus tard que ça avait atterri sur le toit d’une péniche. Ça aurait facilement pu tuer quelqu’un. Il y avait un trou de cinq centimètres dans leur toit, on a dû payer leur nouveau toit. Alors on s’est un peu calmé. Tout le monde disait « Tu peux faire mieux, tu peux faire plus gros et mieux », mais après ça j’ai dit « Oublions les fusées, trouvons autre chose ». Alors on est passé aux ballons. On avait de l’hélium pour ballons, et on a fait de vrais ballons dirigeables avec un panier en-dessous, des modèles réduits. Et puis on a mis du produit inflammable dedans, mais il dégoulinait, goutte à goutte. J’ai oublié ce qu’on utilisait, de l’alcool dans des sacs polyuréthannes je crois et un bout de ficelle, ce qui fait que quand il montait, la ficelle s’enflammait et le sac en feu s’écrasait au sol. Un jeu de casse-cou ! Nous utilisions surtout de l’alcool inflammable, alors on a aussi appris à cracher du feu au manoir. J’étais le seul à ne pas le faire car je devais chanter. Mais finalement l’album a bien tourné je trouve…
…Wish oui, ce fut notre meilleure vente à ce moment-là. Enfin, chacun des albums a toujours mieux vendu que le précédent jusqu’à Wild Mood Swing. Je crois que Standing On The Beach est la plus grosse vente mondiale. Mais pour Wish je ne sais pas. En y repensant, qu’il soit n°1 et tout ça, il n’a quand même pas eu l’accueil qu’il aurait dû, et les gens avaient toujours le même genre d’agitation « oh, un autre album de Cure, et alors? ». D’un point de vue britannique je veux dire. Quand on a fait la tournée, j’ai compris que les gens l’aimaient beaucoup. Alors que lorsqu’il est sorti , j’avais été un peu déçu. Il était numéro 1 mais les critiques étaient mauvaises. Enfin j’ai dit le contraire tout à l’heure : disons que deux critiques étaient très bonnes et trois très mauvaises…

1993/1994 : In between…

Boris et Porl sont partis…
…Pour beaucoup d’autres raisons que le fait d’être fatigué de The Cure. Il y avait des conflits entre moi et Porl, mais je crois que des choses passaient dans sa vie qui lui donnaient envie de s’échapper de The Cure, des choses entre lui et Janet, pas entre lui et moi. Quant à Boris, il a été plus ou moins encouragé à quitter The Cure par Caroline. Parce que, d’après les quelques conversations que j’avais eues avec elle, elle n’acceptait pas que The Cure soit plus important que ce qu’elle voulait faire musicalement. Ce qui est compréhensible vu que c’est aussi une artiste. Je crois qu’elle voulait que Boris soit son batteur à elle seule. Bien sûr, c’est le choix de Boris, mais je ne crois pas que ce fut un bon choix. Au final c’est bon pour nous parce qu’avec Jason dans le groupe nous sommes meilleurs à plusieurs niveaux. Non pas qu’il soit meilleur batteur que Boris, mais nous avions besoin de quelque chose de neuf, le groupe avait besoin de nouveauté. Donc je ne sais pas si Boris pense avoir pris la bonne décision, il faudra lui demander…

Lol…
…J’ai reçu la première lettre de Lol, de son avocat, en 1990. Je savais que le procès prendrait au moins plus de deux ans, ce qui est plutôt dérangeant. Au début, j’ai essayé de ne pas y penser mais je recevais des lettres très régulièrement car ils essayaient d’arranger les choses. Je n’avais pas vraiment envie d’aller jusqu’au procès car je savais que c’était une perte de temps et d’argent que je gagne ou pas. Il y avait donc un échange constant de communications entre Bill et Lol pour essayer d’arranger les choses. Ça m’a beaucoup dérangé, ils m’énervaient tous, je ne comprenais pas pourquoi tout ça me tombait dessus… …Sinon, j’ai écrit des chansons et j’ai vécu, et d’une certaine façon ce fut une bonne chose de ne pas faire un album directement car je n’étais pas dans un bon état d’esprit à cause du procès, j’ai réagi contre tout ça. J’aurais sûrement fini par écrire quelques chansons sur Lol, et ça aurait été tragique. Mais le procès, c’est en 1994, janvier, février 1994. On m’a donné la date du procès à la fin 1993, et j’ai dû aller à Londres dans de grosses réunions avec des avocats, ce qui me prenait tout mon temps. Je devais relire tous les vieux contrats, je devais tout relire, toutes les lettres entre moi, Lol et Fiction, des centaines de feuilles de papier totalement assommantes, avec lesquelles je devais me familiariser parce que je savais qu’ils me poseraient des questions sur tout au procès. Et jusqu’à la fin du procès, je n’ai pas pu pas me relaxer, car si Lol avait gagné, ç’aurait été très important. Le groupe n’aurait pas pu continuer à s’appeler The Cure, donc c’était très important de gagner…

Le procès…
…Curieusement, l’histoire du tribunal, c’était bien car j’ai revu tout le monde, on a vécu dans le même immeuble pendant un mois et on a passé de bonnes soirées. Et les Cranes étaient là aussi, sans qu’on le sache. Ils faisaient des démos pour un album ou quelque chose comme ça, et une nuit on a découvert qu’ils étaient quatre étages en dessous de nous. C’était chouette. Si je n’avais pas dû me lever si tôt le matin, j’aurais vraiment bien apprécié. Mais ça m’a tué un peu plus tard. C’était très tendu, tout le monde fut affecté d’une façon ou d’une autre, et quand ce fut fini, je me suis senti vidé.
Nous n’avons pas connu le verdict avant octobre 1994, il a donc fallu attendre près de six mois le résultat. Même si je soupçonnais que notre partie s’en était bien tirée et que j’allais gagner, je n’étais pas complètement sûr. On a donc fait des prévisions au cas où je n’aurais pas gagné le procès. Qu’adviendrait-il ? Que ferait le groupe ? Ferait-il appel ou non ? Je me sentais bien emmerdé. Et à l’été 1994, on a encore fait des démos…

Jason…
…On a fait la troisième session de démos, c’est-à-dire jusqu’à ce que j’aille à Sainte Catherine. J’y suis allé avec Mary pour son anniversaire en octobre 1994 pour la première fois. J’y suis allé car je savais que le verdict allait arriver, je voulais être loin de Londres, et je voulais voir si Sainte Catherine nous irait pour enregistrer. A ce moment-là il y avait juste moi, Simon et Perry car je n’avais pas essayé de former un nouveau groupe. Je n’en voyais pas l’intérêt, je ne voulais pas revivre tout le processus. Mais quand le verdict fut déclaré, ce fut un soulagement et j’ai décidé de rester à Sainte Catherine, alors j’ai invité Simon et Perry et on a commencé à penser à reformer le groupe, et c’est là qu’on a mis une annonce dans le journal pour faire des auditions. On a écrit un questionnaire qu’on a renvoyé à tous ceux qui avaient répondu, et on s’est assis autour d’une table à Sainte Catherine, aux environs de novembre 1994, à lire les réponses avec les photos, en les faisant passer autour de la table pour finir par en sélectionner une trentaine. Ensuite Bruno est allé à Londres pour les filmer en vidéo. Ça a pris trois jours, tout le monde a eu une demie heure, et ils ont joué dix minutes de ce qu’ils voulaient, pour que nous puissions décider dès les premières dix minutes de la vidéo si c’était de la merde, et puis ils jouaient dix minutes de « Want ». On avait une démo de « Want » mais sans batterie, alors on pensait que ce serait intéressant de voir ce que les autres feraient avec cette chanson, quel rythme ils joueraient. Puis à la fin, on leur demandait de jouer « Disintegration ». Et c’est là qu’ils comprenaient que c’était The Cure. Certains d’entre eux le savaient de toute façon, mais d’autres pas. C’était le test pour savoir si les candidats avaient le bon sens du rythme et la bonne résistance, car c’est une chanson très difficile à jouer « Disintegration » pendant dix minutes. S’ils réussissaient, c’était bon.
La semaine suivante, on a regardé les vidéos et on leur a donné des notes. On les a regardées le vendredi soir, on a beaucoup bu, et quand j’ai regardé les notes de tout le monde, personne n’était d’accord avec moi, alors j’ai trouvé ça idiot. Donc le dimanche, on l’a fait sans boire et on a sélectionné cinq batteurs…
…Ronald Austin, des God Machine. Je voulais qu’il joue parce qu’il avait passé l’audition et pas parce qu’il est un bon batteur comme certains autres techniquement. C’est un type très sympa et je le connais depuis longtemps. Je savais que l’une de ses ambitions était de jouer avec nous alors j’ai pensé que c’était bien de le faire jouer. Et Mark qui jouait avec All About Eve. Nous le connaissions depuis un moment évidemment, c’est un excellent batteur. Et Jason. Ça se jouait entre Mark et Jason alors on les a invités à Sainte Catherine, entre Noël 1994 et le Nouvel An 1995. Et puis à la fin, on a tous discuté pour savoir qui était le meilleur. Tout le monde voulait Jason. Mark est très gentil, mais il ressemble plus à un batteur, c’est pour ça qu’il n’a pas réussi. Tandis que Jason n’était pas comme un batteur, il avait fait d’autres choses. Boris n’est pas comme un batteur, il en sait trop, il a fait trop de choses. Je ne suis peut-être pas en bonne position pour dire ça, car j’ai fait la même chose toute ma vie, mais la plupart du temps, quelqu’un qui a été musicien dans un groupe avec peu de succès depuis quelques années développe un certain trait de caractère évident : peu importe qui tu es, dans quel groupe tu es, le genre de musique que tu joues. Jason a une idée légèrement différente de ce qu’il veut faire. Ce qui l’intéresse, c’est que ça lui plaise plutôt que d’avoir du succès…

Roger…
…J’ai envoyé une cassette de deux chansons qu’on avait faitesà une fille pour qu’elle joue du piano, car je voulais un pianiste, mais ce n’était pas très bon. Alors j’ai pensé demander à Janet mais ça aurait été compliqué parce que Porl aurait dû être là, et l’atmosphère aurait été bizarre, Janet qui joue et pas Porl. Elle aurait sûrement dit non de toute façon. Puis j’ai pensé que je pourrais le faire moi-même, en truquant, en ralentissant tout, en jouant lentement, puis en l’accélérant. Comme j’étais resté en contact par fax avec Roger, à Noël on s’écrivait deux pages sans avoir grand chose à se dire, et bien je lui ai téléphoné en lui proposant de venir. Je voulais qu’il joue sur une chanson pour voir si ça pouvait marcher, je n’étais pas sûr des retrouvailles entre Simon et lui. Et la première soirée de son arrivée, ce fut évident que ça marcherait bien alors il est resté. Il a joué sur d’autres chansons…

1995 : Festivals

…J’ai apprécié pour la camaraderie. C’était comme des vacances. Je pense que certains concerts ont été bons pendant ces festivals et d’autres pas du tout. Je ne pense pas que Torhout et Werchter, ceux qu’on a joués avec REM étaient très bons.
J’ai aimé… Glastonbury. Parce ce que je pense qu’on en voulait, on avait quelque chose à prouver donc on a mis le paquet. Et je pense que j’ai bien aimé celui … avec Blur [Belfort]…
C’était bien.
Le public était bien. C’était plus comme un public de The Cure, plutôt qu’un public de festival.
Et celui que l’on a fait sous la pluie en Italie avec Page et Plant. C’était marrant.
Mais je crois que cela m’a plu simplement parce que c’était tellement absurde. Tout était vraiment très bizarre, avoir Porl dans le groupe de première partie…
…C’était très drôle mais cela a en fait ralenti la préparation de l’album parce que l’on a répété pendant un mois et puis cela a pris deux autres mois à participer aux festivals…

1996 : Wild Mood Swings

…On a tout changé lorsque je suis revenu [des festivals]. L’album en a été meilleur mais cela a pris du temps car je n’étais pas satisfait des paroles que j’avais écrites. Lorsque que j’étais sur scène et que je chantais certains morceaux, je pensais « Les paroles que j’ai écrites pour les nouvelles chansons ne sont pas si bonnes que cela » et j’avais un mauvais feeling. Et puis également, Jason a refait des parties car jusqu’à ce moment là, nous avions gardé les morceaux joués par les autres batteurs et Jason n’était que sur quatre chansons. Lorsqu’on est revenu, il a joué sur presque tous les autres titres.
…Je ne pensais même pas honnêtement que je serais capable d’écrire un autre album, d’autres chansons pour Wild Mood Swings. Ce que je faisais, c’était juste fuir le problème pendant la première partie de l’année, j’écrivais des trucs et je pensais que ça ferait l’affaire, ce qui est horrible. Je ne pense pas que je pourrais le faire de nouveau. C’est l’inconvénient majeur pour planifier un nouvel album, parce que je ne vois pas… En fait, j’ai une idée de ce que je pourrais écrire mais ce n’est pas, ce ne serait pas comme une chanson de The Cure. Remarque, c’est peut-être une bonne chose. Mais je trouve que c’est plus difficile au fur et à mesure que le temps passe d’écrire des chansons intimes et de me sentir passionné par des choses. En fait, j’ai actuellement atteint un stade où je reviens toujours aux mêmes expectatives mentales lorsque je suis perturbé par quelque chose. Je vais toujours un peu dans la même voie et lorsque j’arrive au bout, je suis complètement vide d’émotions ou de sentiments sans avoir rien écrit. Alors qu’avant, une partie de ce processus était d’écrire quelque chose et je ne le fais plus car je trouve cela sans intérêt. J’ai recyclé… Je ne sais pas ce que c’est…, c’est gâché, futile… Je n’y vois vraiment aucun intérêt…
…[Wild Mood Swing fut] à la fois [l’album] le plus difficile et le plus facile [à faire]. Le plus difficile du point de vue des paroles et du chant, parce que je ne pouvais pas non plus chanter. A chaque fois que je chantais, c’était plat et tout le monde me disait « non c’est bien, ce n’est pas plat ». Et je n’arrivais pas à le croire. C’est une des raisons pour laquelle j’ai trouvé cela difficile du point de vue personnel. Je pense que Steve Lyon n’a pas vraiment aidé non plus. Je ne pense pas que c’était la bonne personne. C’est un bon ingénieur mais ce n’était pas la bonne personne pour l’album. Mentalement, ça n’allait pas. Cela a ralenti le processus et il a réussi à se mettre tout le monde à dos en trois ou quatre mois à cause de sa méthodologie, sa manière de travailler avec le matériel. Le côté technique venait en premier, et la personnalité en second. Alors qu’avec Dave Allen, c’était tout le contraire. Il s’en fout complètement du moment que tout le monde est heureux et que l’on pense faire quelque chose de bon. Son métier, c’est juste de faire en sorte que cela soit enregistré. Alors qu’avec Steve… On a passé des jours à se dire qu’il fallait aller plus vite. Mais non. C’était vraiment frustrant, tout le monde était frustré, cela a gâché le bon déroulement…
…Mais à l’opposé, pour être positif, ce sont les moments les meilleurs que j’ai passés pendant l’enregistrement d’un album. On a passé les meilleures nuits de toute ma vie à Ste Catherine, à prendre des drogues et jouer de la musique, c’était génial. Sortir et marcher pendant des kilomètres dans la neige…. On n’avait rien à faire, on mettait nos manteaux et allait marcher pendant des heures et on arrivait dans un pub quelque part où on n’était jamais allé. C’était super, bien des fois, un peu comme faire partie d’une grande famille. Ça a dégénéré au fur et à mesure que l’année a avancé, on s’est un peu séparé mais les premiers trois mois ont été supers. Et le dernier mois a été bon également lorsque tout le monde savait, qu’on était en train de mixer et que l’on savait que l’album était terminé. L’atmosphère était meilleure. Mais ce fut bien, en général, c’est l’année que j’ai préférée, donc ça n’a pas pu être si mal…

Le meilleur album de The Cure…

…Si je pense que Wild Mood Swings est le meilleur album que The Cure ait jamais fait, c’est parce qu’il représente plus précisément ce que je pense en ce moment.
Quand nous avons fait Disintegration, je pensais qu’il était le meilleur, la même chose pour Kiss Me et pour chaque album, j’ai toujours dit que je fais honnêtement les choses pour que cela soit le meilleur album…

Consulter les autres articles issus du fanzine T.I.B :

The Holy Hour (1989)
Questions d’images (1991)
Dans les méandres du Wish Tour (1992)
Au rythme du Swing Tour (1996)
Anniversaire (1996)


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