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Interviews du fanzine T.I.B / Interview #2 / QUESTION D’IMAGES (1991)

Rappelez-vous… En 2005, je vous parlais des entretiens accordés par The Cure au fanzine français T.I.B (pour Three Imaginary Boys), aujourd’hui disparu. J’avais partagé le 1er d’une série de 5 interviews, The Holy Hour, datant de 1989. Voici, 9 ans plus tard, le second : Questions d’images (1991).  Dans les jours qui viennent, je publierai les 3e, 4e et 5e interviews : Dans les méandres du Wish Tour (1992), Au rythme du Swing Tour (1996), Anniversaire (1996).


Questions d’images…(1991)

Au milieu d’une année prévue plutôt creuse, des rumeurs de plus en plus confirmées annonçaient un coffret CD regroupant l’oeuvre complète de The Cure puis la fameuse cassette vidéo. Des bilans dans la carrière du groupe. La sortie de la vidéo paraissait une occasion rêvée d’aller retrouver Robert et ses compagnons en plein enregistrement de leur prochain album dans un studio londonien. Une rencontre chaleureuse, dans l’atmosphère détendue d’une maison campagnarde. Autour d’une table en bois massif, très rustique, il livre de sa voix douce et réfléchie les impressions de ses derniers mois.

Peux-tu nous parler de cette nouvelle cassette vidéo Picture Show ?
Robert : A la base, c’est toutes les vidéos depuis la dernière cassette Staring At The Sea. Ca commence par « Why Can’t I Be You? » et c’est dix vidéos jusqu’à la dernière « Close To Me ». Et entre chaque vidéo, il y a des petits films pertinents sur le groupe. Il y a une séquence de nous en tournée aux Etats-Unis, et il y a des petits bouts de nous faisant « Lovesong » ou des discussions entre nous cinq, des bouts de nous voyageant dans un van… On essaye de donner une autre image que ce qui se passe dans les vidéos. Pour donner réellement aux gens une notion de temps, les changements du groupe et toutes sortes de choses. Autrement, s’il n’y avait que les dix vidéos ce ne serait pas intéressant. Donc nous avons fouillé dans beaucoup de nos petits films personnels. On nous voit en robes à fleurs pendant quinze secondes quand nous avions fait l’émission de Champs Elysées. Il y a beaucoup de petits bouts comme ça entre chaque vidéo.
Je crois qu’il y en a à peu près une demi heure de valable. J’adore la séquence avant « Pictures Of You », c’est Roger qui avait filmé le jour du tournage. Et c’est juste l’histoire de cette journée qui était réellement drôle. J’aime aussi la séquence de nous en backstage du Dodger Stadium pendant la tournée de Disintegration aux Etats-Unis parce qu’elle reflétait notre état d’esprit avant un grand concert. Il y avait cette sorte de tension, c’était bien !

Que représente exactement la jaquette ?
C’est une vieille photo tirée d’un bouquin à moi, l’Encyclopédie Des Choses Mystérieuses ou quelque chose comme ça. C’est une fille… Vous savez, une planchette pour l’écriture automatique, c’est un peu comme un ouija sauf qu’elle a un stylo et quand elle est en transe elle fait ça et dessine des images en écrivant. J’ai trouvé que c’était une belle photo car au premier coup d’oeil, on ne sait pas réellement ce que c’est.

Et parmi ces vidéos quelle est ta préférée ?
Pour les avoir vues plusieurs fois en les assemblant, je crois que c’est « Never Enough ». Je trouve qu’elle est bien foutue, et je pense qu’il y a une bonne atmosphère. C’est un étrange mariage entre la chanson et la vidéo, parce que lorsque tu écoutes la chanson tu ne peux pas imaginer la vidéo jusqu’à ce que tu la voies. Bien sûr, je pense que « Lullaby » est une bonne vidéo car vraiment, il en ressort fortement toute l’idée de moi malade.
De toute façon, elles ont toutes quelque chose de louable. Quelques unes ne sont pas très bonnes. Je n’aime pas vraiment « Lovesong » et en particulier « Fascination Street ». Mais ce serait stupide de les laisser de côté car d’autres personnes sont venues nous dire : « Oh, j’ai vraiment aimé « Lovesong » !  »

Y a t-il des anecdotes marrantes pendant les tournages ?
Hum… en fait, les vidéos ne sont pas très drôles à faire car tu passes des heures à attendre, à ne rien faire. Tu attends que la lumière soit bonne, ou que les prises de vues se fassent. Et alors tu peux les refaire deux à trois fois et tout ça pour dix ou quinze secondes seulement. Tu attends une autre heure pour la prochaine prise de vues, donc c’est un processus très laborieux. Et les autres aussi doivent attendre, en particulier après moi, à cause de mes plans en solo. Donc pendant toute la journée du tournage qui dure généralement pour nous, de midi à six heures du matin, il faut dix-huit heures pour faire une vidéo.
Il y a beaucoup de choses marrantes, mais pas vraiment des anecdotes. C’est juste nous assis, en train de discuter. En particulier, les vidéos avec Chris Parry et Bruno (NDLR : assistant du groupe) sont très drôles parce que nous en faisions des victimes. Comme Bruno en ours polaire dans « Pictures Of You », c’était une journée vraiment drôle ou encore, Chris Parry qui devait prendre de l’hélium pour avoir cette voix aiguë (NDLR : Chris Parry jouait le rôle du montreur de monstres au début de « Never Enough ») et ça c’était vraiment marrant. Tim Pope le faisait durer, et durer jusqu’à ce qu’il s’évanouisse et perde conscience. D’habitude, il n’y a pas assez de temps pour que les choses soient drôles. Je veux dire qu’il y a peu de séquences drôles de nous et toutes celles que l’on a filmées sont sur la cassette. C’est comme celle avant « Hot Hot Hot!!! » où nous étions assis pour une prise de vues et que j’ai craché sur Lol. Mais généralement il n’y a pas de journées franchement drôles. En fait, nous travaillons probablement beaucoup plus en faisant une vidéo qu’en faisant n’importe quoi d’autre parce que quand tu pars à la fin de la journée, tu n’as pas l’impression d’avoir fait quelque chose parce que sur le moment tu n’as rien à écouter ou à regarder. Mais après le tournage c’est très agréable de voir comment elles sont ficelées quand Tim a ajouté des petits bouts. C’est bien.

Pourrais-tu travailler avec un autre réalisateur que Tim Pope ?
Je ne sais pas si nous le ferons. Je ne sais pas si ça vaudrait le coup. Je pense que les raisons qui nous lient à Tim et lui à nous, c’est que nous avons fait et faisons toujours la même chose. Les gens disent qu’il a un style mais ce n’est pas vraiment ça. Parce que si tu regardes les autres choses qu’il a faites comme les vidéos de The The ou Talk Talk ou la pub pour Sugar Puff ou celle pour Carlsberg, il a fait des choses différentes pour des personnes différentes. Et quand il travaille avec nous, il essaye… enfin, il doit travailler avec moi. Et c’est pour ça que les gens pensent qu’il a le style Cure. Mais je pense que n’importe quel autre réalisateur serait lié par ce que nous lui proposons de faire. Il y a certaines choses que nous ne ferons pas, que nous n’essayerons pas, et nous ne ressemblerons pas à quelque chose que nous ne sommes pas. Nous sommes prêts à paraître stupides mais non à essayer d’être sérieux. Mais je n’ai jamais senti le besoin de travailler avec un autre réalisateur depuis que je l’ai rencontré. C’est comme nous avons travaillé beaucoup avec Dave Allen, il transcrit nos idées pour les enregistrer. Et c’est la même chose pour Tim Pope, il transcrit nos idées pour les filmer. Je pense que cela n’aurait pas de sens de trouver quelqu’un d’autre.

Mais en 89, il y avait un projet avec Mondino, non ?
C’est à chaque fois comme ça, en particulier, quand les gens de la maison de disques viennent nous voir avec des suggestions. Mais il voulait une fortune et je ne voulais pas le faire de toute façon. Et cela ne s’est pas fait.

En fait, tu es toujours d’accord avec l’image du groupe que donne Tim Pope ?
Non pas toujours, mais ce n’est pas de sa faute. La vidéo de « Lovesong » est un bon exemple. On en avait parlé, on s’était vu avant pour être sûr qu’on ait les mêmes idées. On avait les mêmes références sur les films, sur les livres, d’un point de vue général. C’était comme dans les autres vidéos que nous avons faites. Mais avec « Lovesong », cela n’a pas marché car tout le monde était à côté de la plaque et personne n’était préparé à faire quelque chose. Et alors, tout ce qu’il a rendu c’est un groupe simplement assis là, ayant l’air misérable, sauf moi. Je l’ai forcé à me rendre plus misérable car tous les autres l’étaient, et à la fin de tout ça nous en sommes arrivés à quelque chose qui ne nous ressemble pas. Pour moi c’est le plus mauvais exemple d’une vidéo sur une chanson. Mais en général, je vais toujours au montage pour voir comment il est réalisé. Je me suis fâché avec lui une seule fois, et c’était pour le début de « Lullaby ». Nous avions une prise de vues différente et j’ai refusé qu’il l’utilise : c’était un gros plan de moi, c’était une partie de mon visage (il mime le plan, les deux mains contre son visage-NDLR) et c’était plein de sueur !!! simplement parce que c’était trop horrible et si les gens avaient vu ça, ils auraient pu penser « Oh non ! ». Déjà que tout le temps tu penses que c’est horrible… Aussi je pensais que l’on devait avoir le lit pour qu’on ait plutôt l’idée que je suis malade, mais finalement je n’ai pas l’air si horrible que ça. En fait, c’est un peu de la vanité, car je ne voulais pas que les gens soient dégoûtés par la première image.

As-tu tourné des vidéos qui n’ont jamais été diffusées ?
Pas exactement, pas avec une équipe. On a filmé beaucoup de concerts depuis la table de mixage avec une prise de vues fixe de la scène. On a enregistré les trois nuits à Wembley en 89 et trois ou quatre concerts américains comme cela et je ne sais pas pourquoi, je ne les ai jamais regardés. J’aime celle du Giants Stadium, on en a utilisé un morceau dans cette cassette. Mais la plupart du temps, c’est simplement une seule prise de vues et ce serait trop ennuyeux. Quelquefois on filme pour savoir à quoi ressemblent les lumières, pour voir si on ne peut pas apporter une quelconque amélioration aux éclairages. Donc on le fait dans un but critique, pas vraiment pour le plaisir. J’aurais aimé qu’il y ait un film du Prayer Tour, cela aurait été génial, mais nous ne l’avons pas fait car nous sommes stupides. Personne n’a proposé de le faire, personne n’est venu nous dire : « Je veux faire ce film ! »

Et pourquoi pas un film « In Bed With The Cure » ?
Ce serait indiffusable ! Je n’ai pas vu ce film avec Madonna, mais je sais que je ne permettrais à personne de me filmer dans certaines situations. Je ne veux pas m’exposer de cette manière. Si tu veux vraiment te montrer comme cela, tu dois être sérieusement dérangé. N’avoir aucun secret, ce serait horrible !

Tu as dit que Tom Sheehan avait pris une photo parfaite de toi ?
Il apris une fois ce que je pense être la photo parfaite, je l’ai à la maison, mais je ne l’ai pas utilisée. C’est juste un gros plan. J’avais mon perfecto et il m’a pris en photo alors que je ne m’y attendais pas. Ca ressemble à ce que je m’imaginais être. Donc il y a toujours une sorte de spontanéité quand je vois une photo avec mon look, je la connais déjà, mais c’est rare pour quelqu’un qui prend juste une photo d’avoir une pose naturelle. Je l’aime bien. Je la garde pour quelque chose, je ne sais pas quoi.

On a lu dans le Melody Maker que vous alliez sortir deux albums ?
Bien, l’un sera le nouvel album, un album normal avec dix ou douze chansons et l’autre sera un album instrumental avec aussi dix ou douze mais des chansons différentes qui sonnent moins que le groupe. Et l’album instrumental est appelé Music For Dream et regroupera des morceaux qu’on a fait depuis des années, des trucs bizarres.

Ca ressemblera à Carnage Visors ou quelque chose dans ce genre ?
Non, il n’y aura pas de thème. C’est juste dix ou douze chansons distinctes et différentes, sur lesquelles je ne chante pas.

Et pour l’autre album ? Est-ce que vous avez déjà une idée de base comme pour Disintegration ?
Non. En fait, nous avons juste parlé de cela cette après-midi. Nous n’avons pas une idée précise de ce que ça va donner. Nous avons fait trente démos et je pense que sept d’entre elles sont définitives. Je pense qu’elles sont toutes différentes, ça ressemblera beaucoup plus à The Head On The Door. Je veux dire que ça ne sonnera pas comme cela, mais c’est l’idée que les chansons sont différentes les unes des autres, donc je suppose qu’il n’y aura pas un sentiment général. Mais ce ne sera pas comme l’album Kiss Me Kiss Me Kiss Me dans lequel nous avions essayé de créer des styles différents qui n’étaient pas naturels comme « Hot Hot Hot !!! » ou « Why Can’t I Be You ? ». Il n’y aura pas ce genre de singles dansants. Je suppose que… Mais il a une ampleur que Disintegration n’avait pas. On ne retrouve pas ce sentiment à travers l’album.

Est-ce que l’on y trouvera des nouvelles chansons comme « The Big Hand », « Away », « Letter To Elise » ou « Wendy Time » ?
Hum… Je ne sais pas. En fait, nous avons évidemment fait des démos de ces quatre chansons. Je pense que les deux morceaux possibles pour l’album seront : « The Big Hand » et « A Letter To Elise ». Elles ont l’air d’être les deux favorites des quatre. Je ne suis pas encore convaincus par les deux autres. Elles ont sonné différemment l’autre jour et ça sonnait vraiment bien alors je ne sais pas encore. Il y en a tellement. Nous avons commencé à discuter quelles sont les meilleures.

En janvier dernier, vous avez gagné les British Awards, ça t’a fait quel effet ?
J’étais vraiment content, juste parce que c’est bien de gagner quelque chose. Cela n’aurait pas fait beaucoup de différence, on n’avait pas parié sur ça. On ne l’avait pas immédiatement mis en évidence. Polydor voulait faire quelque chose tout de suite mais nous avions refusé parce que cela aurait été trop stupide. Non, nous nous y attendions pas mais nous avons gagné. C’est juste quand nous étions là-bas que nous avions su que nous avions gagné. C’était juste une bonne soirée. Ce n’était pas l’événement le plus important de ma vie, mais je crois que ma mère était très contente.

Y a-t-il aujourd’hui des artistes avec qui tu aimerais travailler ?
Non, en fait All About Eve m’ont demandé de jouer de la guitare sur leur nouvel album l’année dernière et je suis allé jusqu’à les rencontrer, leur parler et écouter les démos, mais je trouvais que quelque chose n’allait pas, je ne pouvais pas imaginer faire ça avec quelqu’un. Je ne sais pas. En fait, je n’ai aucun désir de le faire, donc je n’en vois pas vraiment l’intérêt. J’adore juste écouter les gens, mais je ne veux pas vraiment participer. Je pense que je serais très nerveux si je devais jouer avec les gens que j’admire vraiment.

Tu es allé voir Lol en concert, qu’en as-tu pensé ?
J’ai trouvé ça ennuyeux. J’ai trouvé que Biddles essayait durement d’en faire sortir quelque chose, mais il y a deux choses que je déteste c’est que Lol était au premier plan en train de faire semblant de jouer aux keyboards alors qu’il n’a rien joué de toute la nuit pendant que les autres jouaient. Rien n’a changé. Et aussi il y a cette musique trop formelle. Je ne sais pas. Il n’ont aucune présence. Je crois que c’était un mauvais choix pour le nom de toute façon. En fait ils seraient pas mal s’ils n’avaient pas Lol. Il était superficiel pour The Cure, il semble l’être aussi pour Presence. …..

Est-ce que The Cure pourrait exister sans Robert Smith comme Echo And The Bunnymen existe sans Ian Mc Cullough ?
Hum… (silence…), non pas dans mon esprit. Je pense que ce serait étrange. Non, je n’aimerais pas vraiment. Je m’y suis trop investi pour que ça continue sans moi. Mais je pense que j’ai toujours vu cela comme le contraire quand les gens disent que je suis The Cure, mais ce n’est pas vrai si tu retournes le problème. Il y a, c’est que je ne peux pas les imaginer exister sans moi. Il y a deux choses différentes mais la perspective est différente. The Cure n’aurait pas existé si je n’étais pas là, mais juste parce que je suis là qu’il ne doit pas exister sans moi. Enfin…

Considérant que chaque Docteur Jekyll a son Mister Hyde, comment est le tien ?
Le fait d’être le centre de l’attention. Je me trouvais faire cela et quand je me réveille le lendemain je me dis : « Pourquoi as-tu fait ça? ». Je méprise ce côté de moi même mais je suppose que ça fait partie du fait d’être dans le groupe. Si je n’aimais pas cela, je ne chanterais pas, je ne chanterais pas devant un public. Donc je dois vivre avec. C’est quelque chose, pas réellement comme une malédiction mais je dois vivre avec….

 

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The Holy Hour (1989)
Questions d’images (1991)
Dans les méandres du Wish Tour (1992)
Au rythme du Swing Tour (1996)
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