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Interview de Richard Bellia

NDLR : Cette interview a été publiée pour la première fois en 2008.

25 ans de concerts, de rock, de photos… Difficile de résumer Richard Bellia en quelques lignes… Nombre de groupes cultes se sont succédés devant l’objectif de ce fanatique de l’argentique : Joy Division, les Happy Mondays, The Clash, The Smiths et bien sûr The Cure. Sauf qu’avec Robert & Co, ça va plus loin que vitesse d’ouverture et obturateur. Témoin privilégié de leur histoire, Richard a accepté de répondre à quelques questions sur le groupe, leur musique, leurs fans… Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne manque pas de franchise…

Pictures of Cure : Dans quelles circonstances as-tu rencontré les Cure ? Quelle fut ta première impression ?
Richard Bellia : Je suis allé à mon premier festival en 1980, c’était dans un champ en Moselle. Il y avait Cure, Clash, du hard rock allemand et Roxy Music. Ils jouaient en début de journée, il faisait gris. Je me souviens qu’ils jouaient de plus en plus vite et de plus en plus fort. A la fin, on était presque content que ça s’arrête. Deux mois après, je me suis acheté mon premier appareil photo, et deux mois après, je suis allé les revoir en concert. C’était en octobre 80. C’était vraiment vachement bien. La vraie classe.

« J’ai commencé par faire pote »

Lors de la première rencontre, et par la suite, te doutais-tu de ce qu’allait devenir Robert Smith et son groupe ?
Hmm… Quand tu es fan d’un groupe, tu as déjà l’impression qu’ils sont immenses. Et quand ça marche, tu as juste l’impression qu’il y a plus de monde qui partage ton avis…

Votre relation a été à l’origine professionnelle. Comment la définirais-tu aujourd’hui ?
Non. J’ai commencé par faire pote, et puis comme ils aimaient bien mes photos, ils me laissaient les approcher avec un appareil sans que j’aie trop à me justifier.

Richard Bellia – photo © Isabelle Jacquemond
Richard Bellia – photo © Isabelle Jacquemond

Robert Smith s’est forgé au cours des années un avatar qui a les cheveux en pétard et du rouge à lèvres. Qui te fascine le plus ? Robert Smith ou le chanteur des Cure ?
Sa marionnette m’emmerde.

Penses-tu que l’un pourrait vivre sans l’autre ?
Chacun sa merde.

Tu côtoies les Cure depuis le début des années 80. Quelle période/année as-tu particulièrement aimée ? Pour quelles raisons ?
Le passage Faith/Pornography. Là, ils ont bluffé tout le monde.

Si tu en as, quels sont tes albums/chansons préférés ?
Three Imaginary Boys, c’est quand même de la pop vachement attachante.

Quelle est la chose qui t’énerve le plus chez Robert Smith / les Cure ? Et au contraire, celle qui te plaît le plus ?
J’aime pas les Curistes. C’est un putain de calvaire.

Tu as déclaré que tu tchatais souvent avec Robert Smith. A quoi ressemble une conversation entre vous ? Vous parlez musique ? Photo ? De la pluie et du beau temps ?
Football la dernière fois.

Richard Bellia – photo © Isabelle Jacquemond
Richard Bellia – photo © Isabelle Jacquemond

Tu as récemment été attaqué par quelques fans suite à un article dans Rock & Folk. Que penses-tu de ces personnes qui ont un avis sur tout et qui, plus généralement, pensent (à tort) avoir droit de vie ou de mort sur un groupe ?
Un article a été consacré à mon travail de photographe dans Rock and Folk de février 2006. Le journaliste a légèrement déformé ce que je disais pour rendre l’article un peu plus funky, ce qui est une pratique courante dans la presse musicale. Résultat, je me suis mis deux populations à dos : les fans de Cure (qui râlent dans leurs forums sur mes propos) et les fans des Pixies (qui font tout pareil). Les uns pensent que je suis très méchant, les autres complètement mythomane. Oh les gars ! On se calme ! C’est rien ! C’est que de la musique (et quelques bourrelets) rien de plus !

Tu as déclaré « Je hais le fanatisme sous toutes ses formes, les fans de Cure qui s’habillent comme des grands-mères déguisées en corbacs m’emmerdent au plus haut point » Pour un concert des Cure, une grosse partie des fans s’habillent en noir, certains se maquillent. Rares sont ceux qui le sont tous les jours de la semaine. Croies-tu qu’on puisse vraiment parler de fanatisme ?
A bas les uniformes ! A bas tous les uniformes ! Vive la liberté.

À la demande de Robert Smith, tu as photographié The Cure l’été dernier lors des festivals. Comment était l’état d’esprit du groupe, notamment suite au retour de Porl Thompson ?
A la Route du Rock (qui est, je vous le rappelle, un excellent festival), Il y a eu ce moment où Smith est arrivé accompagné de son épouse, avec ses parents qui marchaient devant, et tout le groupe derrière ; c’était une vision absolument fantastique. On aurait dit un cortège royal. Ils étaient maquillés, marchaient d’un pas lent, une vraie vision. Je crois que c’est l’image qui me reste de ce festival. Sinon, les musiciens étaient tous de très bonne humeur. En fait, comme ils se font photographier depuis des années, ils ont pris l’habitude de discuter et rigoler pendant les sessions. Ils savent bien que tout ce qui intéresse les photographes, c’est Smith et que les autres seront flous derrière…

Revenons à ce que tu as dit dans Rock & Folk. D’après toi, Smith n’a pas la forme physique d’un nageur olympique (et c’est plutôt normal, tout le monde vieillit…) T’es tu permis d’aborder le sujet avec lui ?
Pas encore, mais j’aimerais bien.

Tu as dit que tu refusais de montrer certaines photos où Smith n’apparaît pas vraiment à son avantage. Au contraire possèdes-tu des clichés très bons que tu gardes au chaud, attendant la bonne occasion pour les montrer ?
OUI, PLEIN (fais gaffe, tu baves sur ton clavier, là).

Comment se passe une séance photo avec les Cure ? Y a-t-il quelque chose chez eux que tu cherches à faire ressortir ou te laisses-tu guider par l’instinct ?
Quand je fais des photos, je vais super vite et je parle tout le temps, j’en sais rien de ce qu’ils racontent, je fais pas gaffe. J’attends que ça soit joli et harmonieux dans le viseur, et puis j’appuie.

Quelle est la meilleure photo que tu aies faite de Robert Smith ? Du groupe ?
J’aime beaucoup la série faite avec une toupie.

Robert Smith - © Richard Bellia

Le personnage de Robert Smith est en grande partie visuel, aisément identifiable. Comment appréhende-t-il son image ?
Tu lui demanderas.
(NDLR : promis, dès que je le croise, je lui pose la question…)

Tu partages le point de vue de Robert Smith sur l’industrie du disque, à savoir qu’elle est gangrenée par trop d’avocats, de chefs de produits, d’intermédiaires qui rendent les artistes inaccessibles. Est-il aujourd’hui encore possible pour toi d’approcher des groupes et travailler avec eux ?
Les groupes passent leur temps à se plaindre de leurs maisons de disques. Tous. On dirait une armée de femmes enceintes qui parlent de leur mal de dos.

Pendant longtemps, Robert Smith a refusé de participer à des concerts au profit d’œuvres caritatives car il jugeait cela hypocrite. Depuis peu il a changé son fusil d’épaule : Guitar 4 Kids, Amnesty International, Live 8 et plus récemment le Teenage Cancer Trust. Que penses-tu de ce changement ? Croies-tu que c’est une stratégie marketing pour revenir dans les médias qui depuis quelques années ont délaissé le groupe, surtout en Angleterre ?
Non. Je pense qu’il doit y avoir des gens brillants chez Amnesty International ou dans les autres œuvres dont tu parles. Alors que Smith ait fait des rencontres passionnantes dans ces milieux, au point de décider de les aider, c’est tout à fait possible (et puis ça doit le changer de ces cons de curistes qui lui filent le train à longueur de concert pour demander une signature et lui offrir des peluches). Ce mec a bientôt 50 ans, faut comprendre.

Dans les années 80 tu as côtoyé des groupes ayant une forte identité comme les Clash, Les Happy Mondays, Joy Division. Quels sont les groupes qui aujourd’hui te semblent incontournables, tant sur le plan artistique que sur l’état d’esprit ?
Sam Prekop, Beck, Acoustic Ladyland (pour ainsi dire les White Stripes du jazz, super bien), Ralph Myerz and the Jack Herren Band (meilleur groupe de scène en 2006, sans l’ombre d’un doute), Clap Your Hands Say Yeah, Hanne Hukkelberg, Erik Sumo, 13th and God, et en français, les lyonnais de Triste Sire, trois dépravés qui ont une classe folle.

On t’a demandé ton avis quant au choix des groupes (The Fall, Lee Scratch Perry) jouant au vernissage de l’expo qui t’est consacrée à Lausanne ?
Ah non ! Mais c’était un réel plaisir d’accrocher mes photos le soir de ce concert.

Tu as pas mal baroudé, tu as un franc-parler assez marqué, un caractère bien trempé, peu d’argent de côté… Plutôt rock’n roll comme attitude, non ?
C’est pas bien de juger les gens. Tes parents t’ont mal éduqué.
(NDLR : c’est ma mère qui va être contente si elle lit l’interview…)

Quels sont tes projets ? Cinéma ? Tu as écrit un scénario pour un court métrage qui a été récompensé à Cannes : quel en est le thème ?
Mon film, celui qui veut le faire, il le fait. J’ai le CNC, les autorisations de tournage, et pas la pêche pour le faire, c’est pas mon pastis. Faut juste m’appeler et on voit. A part ça mes projets ? Quoi mes projets, tu veux son prénom ?

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