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Control

Sorti le 26 septembre 2007, « Control » est un film sur Ian Curtis (et uniquement sur Ian Curtis, les autres membres de Joy Division ne sont que de simples figurants, relégués au second plan)

Basé sur la biographie de Curtis écrite par sa femme, Deborah, qui fut la dernière à le voir en vie (et la première à le voir mort), Control est l’oeuvre d’Anton Corbjin. Avant tout, c’est un film de photographe, et c’est plutôt normal vu que le monsieur en question s’est d’abord illustré par ses clichés avant de passer à la réalisation, notamment de vidéos de concerts (Depeche Mode, Nirvana, Nick Cave et autres…). Il en résulte une image très belle, où le moindre rayon de lumière est exploité. Bien évidemment, le noir et blanc se prête bien à cette recherche esthétique…

Pour le rôle principal, Corbijn a fait appel à Sam Riley, mi-chanteur mi-acteur. Si le succès n’est pas vraiment au rendez-vous côté musique, nul doute que sa carrière d’acteur pourrait bien décoller. Car dans son costume de Ian Curtis, Riley est crédible à 100%. Le mimétisme entre interprète et interprété est bluffant, comme sur cette scène où Joy Division joue dans l’émission de Tony Wilson. Si vous n’êtes pas encore allés voir le film, regardez d’abord cette vidéo, puis comparez. Idem pour les autres membres du groupe qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux originaux : Joe Anderson alias Peter Hook (ahhhh la réplique J’aime pas les Buzzcocks car dans Buzzcocks y’a cocks), Harry Treadaway alias Stephen Morris (qu’on n’entend et ne voit quasiment pas, il mérite l’oscar du meilleur rôle discret), James Pearson alias Bernard Sumner (qui copie à la perfection les attitudes de Sumner, notamment de ne presque jamais lever la tête de sa guitare). Mention spéciale enfin à Riley, parfait dans son interprétation scénique de Curtis (quelle grâce dans la danse du moulinet hystérique !)

Le film intègre la musique de Joy Division à des moments clés de l’histoire, sans jamais tomber dans la facilité. Ainsi on comprend beaucoup mieux certaines chansons, à commencer par la plus connue Love Will Tear Us Apart. Tout le monde en connaît le sujet : séparation, déchéance sentimentale, déchirure, etc etc. Mais remise dans le contexte de la vie de couple de Ian et Deborah Curtis, on ne peut s’empêcher de se dire mais bien sûr, c’est pour ça !, et ce malgré l’évidence. Voir cette chanson « en situation » lui donne le côté vrai qu’elle n’avait pas (à mes yeux en tout cas…)

Mais revenons en au fond : que sait-on de Ian Curtis ? Pour le non-initié (c’est à dire beaucoup de personnes dont je fais partie), l’évocation du nom de Curtis fait penser à un grand échalas au physique d’antenne de télévision, dépressif et torturé par des questions d’ordre métaphysique, et au groupe Joy Division qu’il mena de sa voix caverneuse et grave. Tout auréolé de ce statut d’icône romantico-rock, Curtis peut reposer en paix, sa descendance musicale étant assurée, à commencer par New Order qui naquit des cendres de feu Joy Division.

Très pompeusement, l’accroche de l’affiche française de Control nous dit qu’ il a changé l’histoire du rock, sans le vouloir, sans le savoir. Mouais… Corbijn lui même déteste cette phrase. Et ça tombe bien car moi aussi. Loin de créer ou de renouveler le mythe Ian Curtis, Control le taille en pièces et nous le présente comme ce qu’il était vraiment : un homme (ah ouais ? sans déc’ ?) fragile et sensible.

Certes le bonhomme a des soucis : son mariage est un flop, il est épileptique (et de fait prend conscience de la fragilité de son existence), son boulot est loin d’être le plus funky du monde (conseiller à l’ANPE locale). Une de ses plus grandes souffrances est certainement qu’il manque de reconnaissance quand il est sur scène. Pour lui, un concert est une épreuve, il donne tout ce qu’il a et se livre totalement. Pour Curtis, chanter devant un public est un investissement émotionnel, bien loin d’une simple représentation. Le train-train des tournées devient vite problématique…

Pour Corbijn, le problème central de Curtis, et qui l’amènera à sa perte, est celui du choix entre deux femmes (il est vrai agrémenté de ceux cités plus haut qui n’arrangent pas vraiment la situation). Pour nous, simples spectateurs, le problème à priori est simple et sa solution l’est tout autant (du style Vas-y ! Prend la brune ! Elle est vachement mieux gaulée que la rosbeef blonde !) sauf que chez Curtis il est source d’un dilemne qui l’entrainera au fond du bol. Control nous montre toute la subjectivité de l’existence et de la manière dont chacun d’entre nous appréhende ses propres choix et leurs conséquences. Morale de l’histoire : ne jugeons pas trop vite une situation qui nous paraît évidente.

Fiction ou réalité, une chose est sûre : Curtis était un dieu vivant de l’écriture. Ses paroles sont des monuments, d’autant plus brillantes qu’il n’était âgé que de 24 ans à sa mort, et sa carrière artistique fut aussi brève que remarquable.

Curtis est né, a vécu et est mort en banlieusard, comme l’atteste son choix pour en finir : se pendre avec la corde à linge de sa cuisine. On aurait peut-être préféré qu’il se tire une balle dans le ciboulot à la Kurt Cobain, c’est tellement plus rock’n roll. Mais n’oublions pas qu’il n’y a jamais de dignité dans la mort. Il n’y a de dignité que dans la vie. Et ça tombe bien, celle de Curtis en est pleine.

De la grande musique qu’on vous dit (et un grand film aussi…)

 

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bande-annonce.
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